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11 février 2010

Avertissement important
par Emmanuelle Erny-Newton

Le bâtiment où se trouvent les locaux du Réseau Education-Médias a récemment été la proie d'un incendie. Notre équipe travaille donc avec des moyens techniques réduits. Nous n'avons qu'un accès intermittent à nos courriels et répondeurs téléphoniques. Pour nous contacter, veuilllez utiliser notre courriel d'urgence : reseaueducationmedias(at)hotmail.com. Nous ferons de notre mieux pour vous répondre au plus vite. Merci de votre compréhension.
 
10 février 2010

Les écoles et le Web social
par Emmanuelle Erny-Newton

La mission des écoles canadiennes est d’éduquer nos enfants de façon à leur permettre de prendre leur place de citoyen dans la société démocratique.

L’école a immédiatement perçu l’intérêt du Web pour l’aider à remplir sa mission éducative : Internet offre un accès facile à une quantité colossale d’informations. Cependant, une partie du Web continue à être proscrite des salles de classe : il s’agit du Web social, ce Web fait de blogues, de forums, ou encore de sites comme Facebook, Twitter ou YouTube.

Deux raisons majeures sont généralement avancées par les écoles pour justifier le blocage du Web social  :

  • il est extrêmement populaire auprès des jeunes. Peut-on aussi envisager raisonnablement de mettre à la disposition des élèves une source de distraction si attractive ? J’ai déjà répondu à cette question dans le billet « Internet et l’économie de l’attention », je n’y reviendrai donc pas.

  • il a pour caractéristique de donner les moyens de s’exprimer à quiconque –c’est-à-dire aussi à n’importe qui. Peut-on courir le risque de faire rentrer l’inapproprié, l’inauthentique, le subjectif voire le subversif, à l’école ? 


Le Web social est une incitation constante à la pensée critique

Sur Internet en général, et le Web social en particulier, tout n’est pas digne de foi, loin de là. A l’école, en revanche, tout tend à l’être ; par contrecoup, la pensée critique n’est généralement qu’un exercice scolaire ponctuel et bien repéré : « Critiquez cet article ! » dira l’enseignant. Ou encore : « Attention, il y a un piège ! ». Or dans la vie, les canulars grandeur nature viennent rarement précédés d’un avertissement. Emmener ses élèves naviguer sur le Web 2.0 c’est les pousser à construire et exercer en tout temps leur regard critique, et d’en faire chez eux une seconde nature.

Le Web social est une terre fertile pour la pensée créative

L’école traditionnelle, par son « devoir » de planification (et d’évaluation) pré-arrange des éléments de connaissance pour la consommation (souvent passive) des élèves. En comparaison, le Web social est un constant remue-méninges de la pensée humaine. Plus que la collecte linéaire de données et de connaissances préétablies, ce Web favorise la compréhension originale et créative par la mise en contact d’idées qui n’auraient pas dû se rencontrer. Utiliser le Web 2.0 en classe, c’est passer de l’accumulation de connaissances préétablies, de « pensées déjà pensées », à une compréhension originale née de l’exploitation de l’intelligence collective.

Le Web social est un lieu d’expression authentique

J’ai le souvenir particulièrement vif du jour où ma fille, ayant rédigé une dissertation expliquant pourquoi elle était vegan, était revenue blanche de rage avec sa copie corrigée. La note était excellente, mais ce qui la mettait hors d’elle est que l’enseignant n’y avait laissé aucun commentaire. Pas le moindre indice qui aurait pu lui faire savoir si ce morceau d’elle-même avait changé la vie d’un autre.

En bonne « native du numérique », sa réaction immédiate avait été de poster son texte sur son forum favori, où elle n’a pas tardé à récolter de nombreux commentaires.

Dans la classe traditionnelle, l’enseignant donne « parce que c’est son métier », et l’élève ne donne pas, parce que ce n’est pas son rôle. Pour un élève, les occasions de « donner » (de l’information, son opinion, etc.) sont circonscrites et codifiées, et elles sont généralement un moyen d’évaluation, pas de discussion. L’élève apprend peu à peu que ce n’est pas tant ses idées qui y sont évaluées, mais sa capacité à produire un texte conforme aux instructions de départ. Or comme dans le cas de ma fille, l’utilisation sociale d’Internet permettrait de redonner à ces « exercices » une dimension dialectique réelle. Cela permettrait au jeune de construire son identité à travers les idées qu’il expose, et de réaliser qu’il est capable d’influer la communauté en ligne – et donc la communauté tout court.


Le Web social dissémine les idées de façon démocratique

Dans le Web 2.0, les « producteurs d’information » ne sont évalués et hiérarchisés qu’à partir de ce qu’ils font, produisent et disent, et non à partir d’un statut à priori. Ce sont les internautes, par le biais du Web social, qui décident de lier et de faire circuler telle idée ou telle information. Dans ce contexte, « établir un lien, c’est émettre un vote », dit Dominique Cardon.

Il est donc crucial de rendre les jeunes conscients de ce pouvoir qu’Internet met dans les mains de chaque internaute, et de leur permettre de l’exercer : initions très tôt les jeunes au « social bookmarking », qui permet de faire émerger des liens « enterrés » ; et donnons-leur l’occasion d’utiliser les micro-blogues de type Twitter, où s’échangent des liens de sources alternatives aux traditionnels « fournisseurs d’infos ».

Donner la possibilité à nos jeunes de devenir créateurs et passeurs de contenus sur le Web social c’est leur permettre de participer activement, et sans attendre, à la création de leur société.

Joel Westheimer, de l’Université d’Ottawa, note dans son article No Child Left Thinking : Democracy At-Risk in American Schools :

« Pour que vive la démocratie, les enseignants doivent faire passer aux jeunes l’idée que la pensée critique et l’action sont des parties importantes de la vie civique démocratique. De plus, les élèves doivent apprendre que leur contribution est importante. La démocratie n’est pas un sport de spectateur. »

Et il cite la plaque que l’on peut lire à la sortie du musée de la guerre, à Ottawa : « C’est vous qui créez l’Histoire. Elle n’est la propriété de personne, et elle n’est pas écrite par quelqu’un pour que vous l’appreniez. L’Histoire n’est pas seulement celle que vous lisez. C’est celle que vous écrivez.  C’est celle dont vous vous souvenez, ou que vous dénoncez, ou que vous racontez à d’autres. Elle n’est pas prédéterminée. Chaque action, chaque décision, si petite qu’elle soit, la modèle. L’Histoire regorge d’horreurs autant que d’espoirs. C’est vous qui créez l’équilibre ».

Cette définition de l’Histoire peut s’appliquer de la même façon au Web social. Car lui-même, tout comme l’Histoire, fait partie intégrante de la démocratie : pour la première fois, avec le Web 2.0, peut-on dire que « les médias, c’est nous » ; se borner à ne faire rentrer en classe que le Web 1.0 (un Web non participatif aux sites accrédités) équivaudrait à apprendre à notre jeunesse à lire, mais pas à écrire. A accéder aux idées des autres, mais pas à construire sur elles ni à diffuser les siennes propres. A devenir spectateurs de leur monde, pas à le créer.

Howard Rheingold résume laconiquement l’enjeu à long terme : « Ce que vous savez ou ne savez pas sur les réseaux peut influer sur la quantité de liberté, de richesse et de participation dont vous et vos enfants jouirez au cours de ce siècle. »

Un tel enjeu est certainement à prendre en compte au moment où l’école cherche à redéfinir les compétences à inclure dans le curriculum du 21ème siècle.

 
15 janvier 2010

Les enfants face aux images du tremblement de terre d’Haïti
par Emmanuelle Erny-Newton

Un homme à terre baignant dans une mare de sang, un enfant couvert de poussière pleurant son désespoir, des gens hagards, et des décombres partout ; façades éventrées d’immeuble, voitures défoncées, palais présidentiel disloqué, … voilà les images qu’on pouvait voir dans tous les médias ces derniers jours – si vous avez été épargné, c’est que vous n’étiez sans doute pas sur Terre. 


Les enfants n'ont évidemment pas échappé à la couverture médiatique du tremblement de terre d’Haïti  : comme j’ai pu la constater grâce à mes propres enfants, l’événement était un sujet de conversation majeur dans les cours de récréation ces derniers jours.

Il existe tout un corpus de recherches étudiant l’impact sur les enfants de la représentation  de la violence dans les médias. Mais bizarrement, toute cette recherche se concentre essentiellement sur la représentation de la violence dans les films de fiction ; il n’existe qu’une recherche minimale et parcellaire sur l’impact des images choquantes rencontrées dans les actualités.
Et pourtant, il semble que les images d’événements traumatiques réels marquent beaucoup plus les enfants que des images de fiction. Comme le dit Henry Jenkins, professeur de communication au MIT, les études portant sur les effets médiatiques suggèrent que les enfants  « sont plus susceptibles d’être émotionellement touchés par des contenus qui représentent une violence réaliste, et particulièrement par les images de violence dans les films documentaires. »

De plus, selon le Rapport Brisset, « Les (images de violence les) plus intolérables sont celles auxquelles il est impossible de donner un sens quelconque, c’est-à-dire les messages qui présentent la violence comme une entreprise gratuite d’anéantissement (…) sans aucun élément de compréhension. Dès lors qu’il y a interprétation possible, souligne le Pr. Jeammet, dès qu’il y a débat avec d’autres, en particulier avec des adultes, s’instaure alors une forme de pondération, de limitation, de distance ».

Comment interpréter pour nos enfants les images du tremblement de terre d’Haïti ? Ne sommes-nous pas là en présence de ce qui est décrit comme la situation la plus destructrice pour les enfants : celle  qui s’abat arbitrairement sur une population sans qu’on puisse lui donner du sens ? La violence vient des éléments eux-mêmes, il n’y a pas de « responsable ».

Puisqu’il ne peut se dégager qu’un sentiment d’impuissance du côté des causes, il faut donc mettre en valeur auprès de l’enfant ce que l’on peut faire pour aider les populations touchées : parlez-leur de ce qu’on peut faire pour les aider.

Si vous décidez de faire un don, incluez vos enfants dans le processus, de façon à ce qu’ils n’aient pas le sentiment qu’on leur a montré une catastrophe devant laquelle ils sont totalement impuissants. Profitez-en pour leur expliquer ce qu’est l’aide humanitaire.

Selon l’âge de vos enfants, vous pouvez chercher avec eux ou leur donner la mission de rechercher à quelle organisation vous voulez faire un don, en visitant leurs sites et voyant concrètement ce que chacune projette de faire avec les dons. Dirigez vos enfants sur les sites d’organisation reconnues comme la Croix rouge, Oxfam, ou Médecins sans frontières. Attention aux fraudeurs, ne donnez qu’à des organismes reconnus !

A la suite de cela, ne manquez pas de souligner auprès de vos enfants l’aide de l’organisation à qui vous avez donné, à chaque fois qu’elle est mentionnée dans les actualités. De cette façon, ceux-ci verront concrètement comment leur donation se transforme en action sur le terrain.

En même temps qu’une façon de « digérer » les images d’Haïti, cette recherche humanitaire en ligne peut donner à votre enfant une première expérience tangible vers la citoyenneté digitale et un sentiment d’appartenance au « village global ».


Vous trouverez des conseils complémentaires dans les fiches-conseils du Réseau permettant d’aider les parents à médiatiser l’impact des images violentes auprès de leurs enfants :

Comment éviter que les jeunes soient bouleversés par la couverture médiatique de guerres ou de catastrophes

L’enfant et les nouvelles

 

 

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